contact@kassistanceconseil.fr

Autodidacte, graine de freelance ?

REUSSIR

Autodidacte définition (Larousse) : « qui s’est instruit par lui-même, sans professeur ». Expliqué en d’autres termes, l’autodidacte est celui qui a acquis ses savoirs grâce à la pratique, en dehors des institutions éducatives.

Il existe différentes raisons à l’origine de l’arrêt de sa scolarité : des raisons personnelles, des raisons financières ou tout simplement l’autodidacte ne se retrouve pas dans les apprentissages scolaires purs (c’est souvent le cas des enfants à l’intelligences différente tels que les enfants dys ou EIP).

Cette façon d’apprendre est-elle une opportunité pour soi-même, pour les autres ou bien est-ce un inconvénient ? Quel autodidacte n’a jamais perçu  le regard fuyant de son interlocuteur, lorsqu’il lui « avoue » n’avoir aucun diplôme pour exercer sa profession ?

Pourquoi aborder ce sujet aujourd’hui ?

Il y a peu de temps, j’accompagnais une jeune entrepreneure qui s’était vue fermer les portes du salariat alors qu’elle avait toutes les qualités pour obtenir les différents postes auxquels elle avait candidaté.

Point de master à l’horizon pour cette jeune dame alors point de poste. Et pourtant, de l’Angleterre à la Chine, en passant par l’Allemagne et par le Maroc, elle avait su trouver du travail dans chaque pays, démontrant à chaque fois, ses qualités d’adaptation et ses compétences transposables à chacune des entreprises. De retour en France, la réponse demeure identique : vous n’avez pas de diplôme donc nous n’avons pas la certitude que vous saurez faire…

N’est-il pas temps en France de recruter autrement ? Si le candidat ne connaît pas le secteur, il saura peut-être apprendre ? Si le candidat manque de formation, il sera peut-être fier et reconnaissant de pouvoir partir en formation ? Si le candidat manque de diplôme, il sera peut-être enjoué à l’idée de vous prouver qu’il peut l’obtenir, si vous lui en laissez la possibilité ?

Cette jeune dame a donc décidé de se lancer en freelance dans le domaine de la communication.

Mon parcours d’autodidacte 

Autodidacte, je suis depuis ma sortie du lycée, autodidacte, je resterai. Non, sans déception.

Chacune de mes expériences professionnelles a été longue sur la durée. Pourquoi ? tout simplement, parce qu’il faut du temps, quand on est autodidacte, pour prouver qu’on sait faire les choses, sans diplôme. Il faut également du temps pour apprendre par soi-même : on apprend souvent le soir après son travail, ou bien la nuit quand les autres dorment ou encore le week-end quand chacun vaque à ses occupations personnelles. Cette frénésie du travail qui peut surprendre, ne pas pas être comprise, voire agacer les autres.

Démarrer sa vie professionnelle sans le bac… quel parcours du combattant cela aurait dû être et pourtant !

J’ai simplement dû être plus patiente et surtout force de persuasion : faîtes-moi confiance ! Mais la confiance, elle se crée au fil du temps et rares sont les recruteurs à accepter de te faire confiance « sans diplôme » (ou plutôt sans le diplôme à la hauteur du poste visé 😉  ).

Si vous regardez les offres d’emploi, vous remarquerez qu’une Assistante de Direction n’est plus embauchée sans un BTS et pourtant, j’y suis parvenue…

Si vous regardez les offres d’emploi, vous avez dû observer qu’un comptable est rarement recruté sans un DCG voire un DSCG et pourtant, je l’ai fait…

Si vous regardez les offres d’emploi, cela ne vous a pas échappé qu’un Responsable Administratif et Financier ne pouvait être qu’un diplômé en Master 2 et pourtant, « ça » s’est réalisé…

Chance ou non… j’aime dire qu’il y a plusieurs facteurs : la chance et la personnalité.

Et pourtant, à chaque nouvelle fonction, j’ai fait le choix d’obtenir un diplôme supplémentaire. Pourquoi, alors que j’avais le titre et le travail ?

La réponse est toujours la même : quand on est autodidacte, on cherche la légitimité et celle-ci passe, malheureusement, en France, par le diplôme (pour avoir le droit de…). Ce sacro-saint diplôme qui ne sert pas toujours à trouver du travail mais qui peut empêcher toute personne n’en possédant pas d’accéder à certaines fonctions.

Les qualités développées par l’autodidacte

Apprendre

J’avais et j’ai toujours cette soif d’apprendre. L’apprentissage passe par tous les supports : les livres, internet, les formations, les rencontres, les soirées entre amis… L’autodidacte est souvent insatiable. Quand il a fait le tour d’une compétence, il en apprend une autre. Evidemment, l’autodidacte n’apprend pas en surface, il va au fond des choses, il aime le détail. Je me souviens de mes débuts dans le secteur automobile : 22 ans et aucune connaissance en voiture alors je me suis auto-formée. J’ai appris ce qu’était un moteur, une puissance fiscale, les différentes motorisations, les différents modèles… jusqu’aux pièces détachées 🙂

L’autodidacte sait qu’il ne saura pas éternellement. Il a compris qu’il doit se former perpétuellement grâce à la formation professionnelle mais cela ne lui posera aucun problème puisqu’il est à l’affût de tous les apprentissages.

L’autodidacte ressent du plaisir à apprendre.

L’expérimentation 

L’autodidacte expérimente et il est curieux par nature. A la différence des diplômés qui vont faire ce qu’ils ont appris, l’autodidacte va se dire « je ne sais pas faire mais je vais trouver comment faire ». Pour cela, l’autodidacte sait reconnaître et saisir les opportunités. Pour se rassurer, l’autodidacte observe une personne (son mentor) en qui il a une grande confiance et apprend de cette personne le métier pour lequel il se destine.

De ses échecs, il en ressort plus fort car il apprend de ses erreurs et adapte ses réponses en conséquence.

De ses expériences, l’autodidacte a acquis une excellente prise de recul (il analyse rapidement).

L’adaptation et la pluridisciplinarité

Pour avancer, l’autodidacte a toujours dû s’adapter : environnements, métiers, secteurs, cultures… L’autodidacte s’est également formé à différents métiers, proches parfois mais à l’opposé parfois.

De par ses expériences, l’autodidacte a une vision globale des problèmes rencontrés.

La gestion du stress et de la pression

L’autodidacte se met la pression seul : réussir à tout prix face à des personnes diplômées pour ne pas décevoir. L’autodidacte se met la pression car il justifier ce manque de diplôme. Pour parvenir à un excellent travail, l’autodidacte a appris à gérer son stress. Par cette qualité, l’autodidacte rassure ceux qui travaillent avec lui.

L’autodidacte tolère l’incertitude car il a dû apprendre à la gérer.

Autodidacte, une voie vers l’entrepreneuriat ?

Les qualités citées ci-dessus ne seraient-elles pas celles qui sont indispensables à tout entrepreneur ?

  • la pluridisciplinarité : qu’on soit graphiste, formateur ou encore chef de TPE, n’est-il pas nécessaire de connaître à minima la gestion, le management, le secrétariat, le commercial ?
  • gérer l’incertitude de son activité : entre pics d’activité et manque d’activité, l’entrepreneur doit anticiper et gérer le stress
  • pour répondre aux besoins de ses clients, l’entrepreneur a compris qu’il devait se former en permanence, au risque d’être « out »
  • l’entrepreneur expérimente sans cesse : secteurs variés, missions diverses, clients différents, lieux de travail changeants…
  • la ténacité : travailler sans relâche jusqu’à satisfaire son client en vue de réussir encore et toujours

Je n’ai pas de chiffres à vous donner (étonnant, non ?) concernant le nombre de freelance qui sont « hors normes » d’un point de vue des diplômes et pourtant, je sais qu’ils sont nombreux. Ces indépendants ont-ils moins de chance de réussir que ceux qui ont obtenu le diplôme correspondant à leur activité ? Je ne parierai pas là-dessus…

Fort heureusement, tous les entrepreneurs ne sont pas sortis d’HEC, Centrale ou autre grande école. Je pourrais citer en exemple Alain Afflelou, Jacques Dessange ou Xavier Niel et si vous êtes intéressés par le sujet, je vous recommande cet article de challenges.

Pourquoi il faut croire en vous !

La reconnaissance professionnelle, prenez-la, ne l’attendez pas ! Veillez simplement à vous positionner sur un segment qui vous correspond vraiment. Les quatre piliers qui vous mèneront à la reconnaissance de votre pratique professionnelle :

  • la connaissance théorique
  • la technique
  • la pratique expérimentale
  • les outils

L’expérience ne compte pas pour du beurre ! Vous êtes parvenus jusqu’ici et vous avez déjà dû combattre de nombreuses idées préconçues alors ne vous arrêtez pas en si bon chemin.

Vous ne rentrez pas dans les cases ? Créez les vôtres et continuez à avancer… Que votre parcours soit celui d’un indépendant/entrepreneur ou d’un salarié, toutes les qualités que vous avez su développer sauront ajouter du talent à l’organisation.

« L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre.
Tu n’as pas à le prévoir mais à le permettre »
Antoine de Saint Exupéry, La Citadelle, 1948

14 commentaires
  1. Quel joli plaidoyer en faveur des autodidactes ! À quand une vraie reconnaissance de l’Etat (et des recruteurs) pour ces professionnels motivés et engagés ?
    • Le problème avec les recruteurs, c’est leur parcours classique… Tant que la plupart des DRH sortiront des grandes écoles où on ne sort pas des sentiers battus, les recruteurs resteront majoritairement axés sur les diplômes.
      Ensuite, aux autodidactes de mettre en avant leurs compétences et leurs expériences via des CV adaptés et pour cela, il y a toi et moi 😉
  2. Parfois, quand je dis que je suis autodidacte, j’ai l’impression de dire un gros mot…
    Allez, je retourne à mon auto-formation 😉
  3. Excellent cet article 🙂 je pense qu’il va raisonner dans beaucoup de têtes. Eh oui auto-didacte pas facile d’expliquer cette « maladie » pas honteuse du tout mais qui nous permet d’avancer. Pas facile à tartiner sur un CV 😉
    A quand une véritable reconnaissance pour tout ce travail ? Car pour le moment c’est très difficile à « vendre »
    En tout les cas merci d’avoir trouvé les mots justes !
    • Catherine,
      Je pense vraiment qu’il faut mettre en avant les compétences sur un CV d’autodidacte.
      Quand la reconnaissance de ce travail : dans une ou deux générations… le temps de former les nouveaux DRH 😉
      Ou encore… devenir indépendant 🙂
  4. je suis diplômée en gestion des entreprises mais tout ne s’apprend pas à l’école. Les technologies vont tellement vite que j’ai du apprendre beaucoup de choses par moi-même. D’ailleurs, en les apprenant par moi-même, j’ai constaté que je faisais l’apprentissage de manière plus intense que devant un professeur. Je voyais ainsi les erreurs à ne pas commettre, je retenais beaucoup de choses. Donc vive l’auto-apprentissage. L’inconvénient, c’est juste que ça prend du temps.
    • Effectivement, cela prend du temps mais quel plaisir d’avoir acquis de nouvelles connaissances ! Merci pour ce commentaire et ce retour d’expérience.
  5. Bravo ! pour votre expériences unique !

    Le mot qui guérissent du bovarysme

    Si vous pouviez être frappé d’amnésie, là soudain, vous seriez déjà sauvé des eaux. Les autodidactes vous énervent parce qu’ils comprennent sans l’aide de votre science ce que vous peinez à comprendre avec ce bagage si chèrement acquis. Vous avez pourtant ce mérite d’avoir consacré des années de votre jeunesse pour jouir de ces connaissances. Mais ne confondez pas le savoir avec des lettres de noblesse. Les titres dont vous pouvez vous targuer ne garantissent en rien votre valeur. Et votre science ne vaut pas tripette,
    Si vous avez besoin de vous dissimuler derrière votre persona. La futilité des dénominations diminue la valeur de savoir. Tous les docteurs en médecine ne sont pas des guérisseurs, tous les hommes dits « grands » ne bénéficient pas d’une intelligence supérieure. Soyez fiers de vos actes et non de vos parures, de ce que vous faites et non de ce que vous êtes ou semblez être ! Ne vous cachez pas derrière vos diplômes, ils ne sont que des bouées de papiers dont aucune grande école ne peut vous garantir l’étanchéité en cas de tsunami socio-économique (joseph et caroline messinger)

  6. Très bel article.
    Et comme je m’y reconnais ! Comme certainement beaucoup dans mon cas, arrivée à un certain âge de toutes façons nos diplômes sont loin derrière et ne sont plus  » à la page ». Et l’on se rend compte que ce qui permet ce que nous sommes ou ce que nous faisons aujourd’hui découle bien plus de la pratique de toutes ces années passées dans des secteurs et activités ni envisagées ni même imaginées au départ de notre vie professionnelle que de nos études désormais loin derrière nous. Mes diplômes ne me servent plus à me présenter, par contre mon expérience et ma pratique « de terrain » me vendent aujourd’hui. Des études de tous les jours, les apprentissages successifs et notre veille constante des évolutions et des pratiques seront toujours valorisantes, ne serait-ce que pour nous-mêmes en premier lieu, que l’on démarre dans la vie avec ou sans diplôme.
Laisser une réponse