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Le calcul des tarifs d’un autoentrepreneur

Quand l’entrepreneur crée son activité, il est joyeux à l’idée de faire ce qu’il veut et comme il le veut… cela c’est l’étape de l’euphorie.

Cependant, au fur et à mesure du cheminement de son projet, l’autoentrepreneur se retrouve confronté à la détermination de ses tarifs et bien souvent, cela est une étape difficile.

Nombre de créateurs d’entreprise sont aidés lors d’un stage initié par la CCI mais il me semblait intéressant de revoir ensemble quelques bases de détermination d’un prix.

Quelques questions sont essentielles dans le calcul de son tarif :

  • quelle est votre valeur ajoutée ?
  • quel est le prix du marché ?
  • quel est le prix d’acceptabilité ?
  • quelle sera ma rentabilité ?
 

La valeur ajoutée

Il est primordial de prendre du recul sur son projet afin d’identifier ce que vous allez apporter au marché. Vous avez le projet de devenir assistante indépendante mais en voilà un beau projet ! Cependant, quelles sont les qualités qui vont vous démarquer des autres assistantes freelance ? Cette question peut être posée pour d’autres métiers freelance très en vogue : graphiste, webmaster, community manager…

Réponse de l’assistante indépendante : « Je suis rapide, je suis discrète, j’aime mon métier, je connais la bureautique… » ok, ok, cela est dit mais encore… Pensez-vous que cela suffise à monter un projet ? Allez chercher encore un peu…
 

Avez-vous une spécialité ? Voici quelques exemples – non exhaustifs – de spécialités :

  • maîtriser une voire plusieurs langues étrangères
  • maîtriser un secteur d’activité (médical, juridique, bâtiment, associatif…)
  • être polyvalent de par ses expériences (administratif, comptabilité, gestion, droit, ressources humaines, marketing, commercial…)
  • maîtriser des concepts recherchés ou « être un talent »
  • le nombre d’années d’expérience
  • une spécialisation dans les diplômes (une licence professionnelle par exemple, un DUT carrières juridiques, un BTS assurance…)

C’est cette valeur ajoutée qui vous aidera à déterminer une partie de votre tarif ; moins vous avez de spécialisation, plus votre tarif sera bas et vice-versa.

 

Le prix du marché

En définition, c’est le prix résultant de l’offre et la demande.

Beaucoup de créateurs d’entreprise proposent des prix bas voire « cassés » sous prétexte qu’ils pourront remporter des marchés ou encore qu’ils gagneront autant qu’un salarié smicard. Ce positionnement par la pratique des prix bas est risqué et c’est souvent la première erreur de l’entrepreneur.

Cette pratique tend à discréditer vos prestations. Pour exemple : récemment je devais changer ma voiture et en regardant les offres sur un site, je découvre une occasion correspondant à mes choix mais à un tarif très attractif, trop en fait. Je m’imagine que ce véhicule a eu un accident, qu’il y a un vice caché (moteur changé ?), qu’il a subi un accident… en bref, mon imaginaire est à son comble et la conclusion est que je n’irai pas voir ce véhicule car le tarif me fait peur.

Cette pratique ne vous permettra pas de faire face à une augmentation des charges sociales.

Cette pratique vous empêchera d’évoluer vers un autre statut. Qu’adviendra-t’il de votre activité si le statut d’auto-entrepreneur est supprimé ? Avec des tarifs trop bas, il vous sera impossible de rebondir.

Le prix moyen de la concurrence doit faire l’objet d’une recherche tant au niveau national qu’au niveau local. En effet, il y a souvent des disparités entre différentes régions.

Vous possédez le prix moyen de la concurrence mais il n’est pas celui que vous aviez imaginé. Il y a plusieurs solutions si votre prix est plus élevé :

  • vous vous alignez sur ce prix moyen en réduisant vos charges ou en diminuant votre marge
  • vous améliorez votre service par des atouts supplémentaires (service après-vente, service haut de gamme…)
 

Le prix psychologique

Si vous ne vous connaissez plus le concept ou si vous souhaitez revoir son mode de calcul, vous pouvez relire l’article « calcul du prix psychologique« .

Evidemment, le créateur d’entreprise que vous êtes a réalisé une étude de marché (je ne me moque pas, je suis déformée professionnellement !).

Si vous avez intégré cette notion de prix psychologique dans votre étude, il vous reste à réaliser un graphique reprenant les résultats de l’enquête.

Si vous ne l’avez pas fait, pourquoi ne pas le faire maintenant ? Vous avez deux solutions :

  • poser la question, à vos proches, à vos anciens collègues, aux commerçants que vous côtoyez régulièrement, de savoir quel prix ils sont prêts à payer pour telle prestation. En effet, s’il vous est posée la question du prix à payer pour une chambre d’hôtel 3 étoiles ou encore d’une coupe/brushing, vous avez une idée de la réponse. Cependant, vous pourriez être surpris des réponses de vos proches concernant les prestations d’assistance/conseil/permanence téléphonique. L’autre alternative est de leur poser la question avec des choix proposés, pour éviter de s’éloigner du tarif du marché.
  • réaliser un questionnaire que vous enverrez à des prospects cibles potentiels. En effet, par le biais de leurs réponses, vous aurez une idée des prospects intéressés par vos missions.
 

Le prix de revient ou la rentabilité de l’autoentrepreneur

Les entrepreneurs en assistance ou conseil ne vendent pas un produit « matériel » mais « du temps et des compétences ».

La formule classique de calcul du prix de revient est, pour rappel :

CHARGES DIRECTES + CHARGES INDIRECTES = PRIX DE REVIENT (ensemble des coûts)
 

En qualité d’auto-entrepreneur, il est possible de poser la question différemment, sous l’angle de la rémunération qui se calcule comme suit :

CHIFFRE D’AFFAIRES – CHARGES = REMUNERATION
 

Ho la la, j’imagine déjà certains lecteurs qui me rétorquent : « j’ai déjà un pc, j’ai mon téléphone personnel, j’ai téléchargé des logiciels gratuitement, je ne me déplace pas, je fais toute ma publicité donc je n’ai pas de charge ! » Ceci est une vision minimaliste et sans un regard de gestionnaire, il ne vous sera pas possible de vous développer.

Je trouve plus intéressant de commencer, même en qualité d’auto-entrepreneur, à s’intéresser à la marge et donc de considérer cet angle :

CHIFFRE D’AFFAIRES – CHARGES – REMUNERATION = MARGE
 

Pour effectuer cette analyse de marge, il est important de considérer :

  • l’ensemble des charges de fonctionnement (j’attire votre vigilance sur le fait de ne pas minimiser ces coûts) : fournitures, abonnements, documentations, publicité, déplacements divers, réception clients, frais postaux, frais bancaires, assurances…
  • un minimum de dotation aux amortissements pour le renouvellement du matériel (standard, pc, logiciels…)
  • les charges sur le chiffre d’affaires
  • les impôts autres que l’impôt sur le revenu (CFE par exemple)
  • la rémunération minimale souhaitée.
 

Exemple concret :

Charges de fonctionnement : 2 520 €

Dotation aux amortissement : 200 €

Charges (pour un CA de 32 000 €) : 7 968 €

Impôts : 700 €

Rémunération souhaitée : 20 000 €

Soit un montant total des coûts de 31 388 €

 

CALCUL TARIF ENTREPRENEUR

Dans mon exemple, j’estime mon nombre de jours de travail (jours annuels – repos – congés – jours non facturables) à 179.

 Nb : être vigilant sur le nombre de jours réellement travaillés car vous allez devoir prospecter, assister à des réunions, rencontrer vos prospects…
 

Mon taux horaire pour ce nombre de jours serait de 25 € (si une journée de travail est égale à 7 heures) : 31 388/(179*7). A cela, je prévois une marge (qu’il convient de déterminer) et j’obtiens le prix de vente de ma prestation.

 

Cette marge peut servir, entre autres, à :

  • augmenter sa capacité d’autofinancement et ainsi réinvestir dans du matériel nouveau
  • participer à des formations développant mes compétences
  • faire face à une trésorerie faible (règlement tardif des clients) en augmentant son fonds de roulement
  • faire face à une baisse de l’activité
  • faire appel à de la sous-traitance
  • AUGMENTER SON SALAIRE DE BASE.
 

J’espère que ces rappels ou ces découvertes vous seront utiles afin de déterminer le juste prix !

 

Dans tous les cas, si vous êtes arrivés jusqu’ici c’est que vous avez très envie de réussir et que vous souhaitez mettre tous les moyens de votre côté. Alors, je n’ai que deux mots : bonne réussite !

 
8 commentaires
  1. Article, comme toujours, très intéressant. Une petite question, cependant : tu parles de « dotation aux amortissements », mais pas d’amortissements effectifs pour nous, AE, si ? Par ailleurs, je conseille de prendre les tarifs affichés sur les sites avec pas mal de recul – assez souvent, d’après ma modeste expérience, ceux-ci sont revus à la baisse en direct avec le prospect 😉 Donc, ne pas se fier qu’à cela, mais faire un vrai calcul comme tu l’indiques 😉
  2. Bonjour Magali, la dotation aux amortissements est un principe comptable qui sert à comptabiliser la dépréciation de ton matériel (dont la valeur est supérieure à 500 € HT) : elle représente une charge. L’amortissement c’est la différence entre la valeur immobilisée brute de ton bien – la valeur immobilisée nette de ton bien (qu’on retrouve dans ton bilan) ; c’est en quelque sorte l’usure du matériel.
    Ce principe ne s’applique pas aux AE puisqu’ils ne tiennent pas de comptabilité mais en bon gestionnaire, il est nécessaire de le prévoir (charge non décaissable).
    Concernant les tarifs affichés, il est évident qu’ils sont à prendre avec du recul et que rien ne vaut le calcul de sa rentabilité ainsi que la négociation avec le client. Cependant, si ton calcul te fait arriver à un taux horaire de 50 € et que celui d’un concurrent est à 30 €, il faut certainement se poser quelques questions…
  3. D’excellentes infos d’une professionnelle qui maîtrise son sujet.
    Je mettrai un lien lors du prochain article sur mon blog.
    Merci Katuscia
  4. Merci Cerise 🙂
  5. Vu le nombre de questions que je reçois régulièrement concernant les tarifs, je pense que je vais les renvoyer vers cet article très détaillé et très clair 🙂
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